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Notre projet de Micro Abattoir Paysan

Dès la naissance de ce collectif, la question des pratiques lors de l’abattage des animaux de ferme a été placé au cœur des réflexions. C’est une question difficile. Il serait plus tellement plus simple de ne pas se la poser. Mais si des paysans militants n’apportent pas leur sensibilité et leur connaissance fine du comportement animal, il manquera un fragment dans l’évolution des pratiques. Pas de vérité absolue dans notre cheminement, aucune certitude arrêtée si ce n’est celle que le dialogue sans préjugé entre tous les humains est source de progrès. Pour certains, nous en ferons trop et ils nous qualifiront d’hurluberlu de la « profession », pour les autres, jamais assez, et nous serons d’inhumaines personnes ne pensant qu’à manger. In medio stat vertu. Nous ne sommes que des femmes et des hommes qui essayent de faire de leur mieux, merci de votre indulgence.

5 caméras filment toutes les zones et sont archivées pour étude par les Conseil Scientifique. Les paysans peuvent ainsi tout voir. Une vision collective évite de laisser une personne seule.

UNE VISION CIRCULAIRE Pour un paysan, le temps n’est pas linéaire, il est cyclique. Il vit les saisons. Il respecte le cycle de l’eau, car non une vache n’est pas un château d’eau et elle rend à la terre l’eau qu’elle boit. Quand il pleut de trop, nos terres non transformées pour le productivisme servent à retenir l’eau. Cela évitera qu’à la ville, en aval du bassin, cela inonde de trop les sols que des urbanistes ont imperméabilisés. Et l’été, quand l’eau vient à manquer, nos terres, nos tourbières et autres milieux laissés à l’état sauvage, relâcheront l’eau nécessaire pour alimenter les usines et les centrales électriques. Le cycle du carbone aussi une ferme paysanne le respecte, car les grandes prairies et les haies forment des pièges à carbone qui compensent les émissions du troupeau. Il y a eu des dérives de l’agriculture quand elle n’a pensé qu’à la quantité et au profit à court terme, tel es feed-lots américains qui concentrent les animaux dans des carrés sans herbe à perte de vue. Car depuis des millénaires, en plus de cet environnement naturel qu’il entretien, c’est lui, le troupeau, que le paysan préserve. Un groupe d’animaux à taille réduite avec qui il vit en proximité. Ce n’est pas cette vache-là, maintenant, prise dans son individualité qu’il voit, mais un élément de toute une chaine, qui en lui permettant de nourrir ses voisins, va faire vivre sa famille et lui permettre d’avoir de quoi prendre soin de tout le reste du troupeau et ainsi de suite.




LA MORT Lorsque l’on s’éloigne d’une vision cyclique de la vie, chaque naissance fini par une mort. On coupe l’arbre pour la maison écologique. On arrache le poireau. On ôte la vie à un être vivant. La différence avec un animal c’est la souffrance. Le végétal (dont on se rendra compte un jour qu’il a sa propre forme de sensibilité et de communication) n’a pas de réseau de douleur. Et c’est là que doit être, ici, à court terme, quelques soient nos pratiques alimentaires, notre combat. La souffrance est inutile. Pire, elle nuit à la qualité du produit en altérant l’acidité de la viande et par conséquent le processus de maturation. Prendre une vie pour nourrir, prendre une vie pour perpétuer une symbiose avec des animaux qui ne peuvent vivre à l'état sauvage, il y a une raison, qu’on la partage ou pas, mais maltraiter celui qui nous nourrit n’a, pour aucun de sens, autre que la cause d’une indifférence ou la recherche d’économies. La maltraitance de l’animal est une cruauté inutile, avilissante pour l'humain. Voilà pourquoi nous avons décidé, avec nos tous petits moyens, avec l’aide financières de centaines de citoyens qui ont pris le temps de s’interroger avec nous, dont certains nous ont dit être végétariens, mais qui ont souhaité participé à cette aventure (et nous saluons leur esprit éclairé), mais aussi des élus engagés de la Nouvelle-Aquitaine qui ont fait un choix politique orienté vers ce modèle, de créer un micro abattoir paysan. Il s’agit d’un lieu où un tout petit nombre d’animaux peuvent être abattus, une dizaine de vaches par semaine, afin de permettre un suivi très personnalisé. Mais surtout, il s’agit de remettre le paysan dans les murs. Il faut prendre cet outil pour ce qu’il est, une expérience pour filmer, comprendre, expérimenter tout de suite de nouvelles pratiques, apprendre et plus encore diffuser. Certes, sa toute petite capacité ne permet pas de traiter les besoins de tous les consommateurs. Il n’y a aucun jugement des autres outils, plus grands. Que chacun progresse et que tous nous partagions nos progrès dans l’intérêt de nos animaux.



LE PROJET DE MICRO ABATTOIR PAYSAN


Nous avons composé un Conseil Scientifique, avec des chercheuses de l’INRA ou de l’Université, des personnes de l’Association en Faveur de l’abattage des animaux dans la Dignitié (AFAAD)… et bien sûr des paysans. La société Lamartine qui travaille avec les plus grands zoos de France a accepté la mission de construire un box d’anesthésie innovant. Ce projet est avancé à 90%. Déjà un grand progrès a été accompli, celui de la circulation des animaux. Nous avons imaginé un parcours tout en rondeur. En supprimant les angles droits, l’animal avance sans angle mort. Des panneaux mobiles, telles les aiguilles dans une horloge, assurent une avancée. Cela marche ! Une telle disposition reprise ailleurs permettrait de supprimer l’usage de l’aiguillon électrique pour forcer l’animal à avancer. La gestion de l’éclairage des zones a aussi pu être testée. L’animal avançant du sombre vers la lumière, là aussi on favorise un déplacement sans contrainte. Ces progrès-là sont déjà réalisés. Nous accueillerons tous ceux qui veulent les reprendre ou les améliorer encore.




Alors c’est quoi les 10% manquants ? Il nous reste à réussir l’optimisation de l’étourdissement de l’animal assisté par vidéo. Tout comme un chirurgien se fait aider pour assurer son geste, nous essayons de mettre en œuvre un bras robotique. Il nous reste quelques heures de travail devant nous, mais notre contention réglable et un étourdissement manuel en présence ou par le paysan est déjà possible.

Vos achats contribuent à financer la mise en œuvre et la diffusion de ce projet. Ce projet a toujours pu avancer grâce au soutien de ses consom’actrices et consom’acteurs. Ce qui se joue dans ce projet est bien plus que de la vente livrée à domicile. Nous espérons que la lecture de ce petit résumé de nos 10 années de cheminement et de travaux de conception vous permettra d’enrichir votre propre réflexion, car après l’alimentation, la question de notre inclusion dans la nature, la question de chercher à limiter ou compenser notre impact, et tant d’autres s’ouvrent aussi à tant de sujets de notre consommation de biens.

Manger moins _ Manger mieux _ Honorer l’animal.

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